Commerce équitable
Aborder le commerce équitable par le jeu
mardi 7 juin 2005
Par
Sophie Caillat
Comprendre les dysfonctionnements du commerce international nécessite d’en connaître certains mécanismes un peu techniques. C’est pourquoi les associations de commerce équitable ont mis au point un ensemble de méthodes ludiques adaptées à tous les niveaux et tous les âges. A vous de contribuer à leur renouvellement permanent !
Des supports
En trente ans d’expérience, Artisans du Monde a expérimenté toutes sortes d’outils. Certains sont même destinés aux tout-petits : en plus du dessin animé introductif de 5 minutes 30 “ L’équité compte “ (tous publics), un kit petit déjeuner solidaire (50 euros) comprend un manuel, 25 passeports jeux, un jeu de cartes, un planisphère et des photos. Les 8-11 ans sont amenés à remonter à l’origine des produits qu’ils consomment au petit déjeuner et découvrent par ce biais les échanges internationaux et l’alternative que constitue le commerce équitable. Un jeu de deux heures est en outre disponible, et les bénévoles de l’association peuvent se rendre dans les classes ou centres culturels pour l’animer.
Orcades, association spécialisée dans l’éducation au développement, a aussi développé pour tous les publics un certain nombre de jeux, livres, cassettes et dossiers pédagogiques à des prix abordables. Puisqu’Orcades ne se consacre pas uniquement au commerce équitable, elle aborde la question par les biais différents que sont le développement durable, la mondialisation, le travail des enfants, les droits de l’homme, l’agriculture des pays du Sud (les bons de commande sont en ligne).
Les collégiens
À destination des enseignants en collège, Artisans du Monde a conçu un guide d’animation très didactique, accompagné d’une vidéo “ Côte d’Ivoire, les enfants de l’or rouge ” sur la production de cacao et ses principales conséquences sur l’environnement et la société.
L’association Starting-block, qui intervient en milieu scolaire, a développé avec EquiTerre et Kultures, sur une idée de Sankana, un atelier sur le commerce équitable. Le jeu de rôles "Les villageois de Diambey sont inquiets" est conçu spécialement pour sensibiliser les collégiens aux questions de développement. L’association collabore avec Ingénieurs Sans Frontières, les Yeux dans le Monde et Sankana sur les autres volets de ce jeu (développement durable, santé, habitat, eau, agriculture).
Ce jeu de rôles se déroule de la manière suivante : les collégiens jouent les villageois (artisans, éleveurs, paysans ...) et un bénévole d’EquiTerre ou de Kultures joue le téfanké (le commerçant) qui vient leur acheter leur récolte, leurs bêtes ou leurs objets. Les villageois sont nombreux face à un seul acheteur. Cette position de faiblesse les oblige à vendre au rabais afin d’assurer la survie de leur famille. Ils se trouvent pris alors dans le cercle vicieux du sous-développement. Reste une solution, leur suggère le téfanké : s’engager dans une relation commerciale durable où ils seront rémunérés à un prix juste, notamment grâce à la réduction du nombre d’intermédiaires.
Une dégustation permet ensuite de les sensibiliser au geste solidaire que les collégiens peuvent faire en achetant des produits issus du commerce équitable. “ Nous passons par la dimension la plus concrète et abordable pour eux : comment leur consommation au Nord a des conséquences au Sud ”, explique Etienne, de Starting-Block.
Les lycéens
L’association lyonnaise Coméqui a conçu des animations d’une heure pour des classes de première et terminale ES, sous forme d’un exposé de 30 minutes suivi d’un débat. Les étudiants bénévoles tentent de montrer en quoi le commerce équitable peut répondre aux dysfonctionnements de la mondialisation, le tout en s’adaptant au public et en insistant sur le fait que ce n’est pas la solution à tous les problèmes du monde. Pour sa part Starting-block aborde la question des inégalités de richesse par un historique de l’évolution industrielle du Nord et des rapports Nord-Sud, qui permet de parler des questions de pollution et de leur prise en charge. L’association propose ensuite quelques pistes d’actions que l’on peut mener à un niveau individuel, au nombre desquelles la consommation de produits issus du commerce équitable.
Artisans du Monde a conçu une brochure Pouvoir d’achat, devoir d’action (10 euros les 10 exemplaires) qui explique les grands enjeux et propose des pistes d’actions sur un mode ludique, en complément d’une exposition et d’un livre abordant les différentes thématiques de l’altermondialisme.
Des repas “ insolents ”
Sur le modèle du “ jeu du banquet mondial ” destiné à faire comprendre les circuits de production et distribution mondiaux, les “ repas insolents ” connaissent un certain succès dans les associations étudiantes de solidarité internationale, notamment grâce à Insolens, de Sciences Po Paris. Les joueurs simulent un banquet entre continents. Ils sont répartis en proportion de leur population et servis à hauteur de la richesse créée. Ainsi les Africains se trouvent-t-ils avec des assiettes presque vides en comparaison des Européens. Commence alors le troc : chacun va échanger ce qu’il peut, de la vaisselle contre de la nourriture, des bougies contre du coca cola. Mais des éléments imprévus comme la pollution, les flux migratoires, ou le régime politique viennent perturber le jeu. Certains vont perdre tous leurs biens dans une catastrophe naturelle et aucune assurance ne les remboursera, d’autres chercheront à acheter un permis de polluer ou à corrompre les douaniers... C’est un authentique jeu de rôles dont la réussite dépend totalement de l’état d’esprit du groupe et des capacités de l’animateur.
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