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Commerce équitable
Réclamer café, thé, chocolat équitable dans vos lieux de consommations habituels

mardi 7 juin 2005
Par Sophie Caillat


Un impact potentiel gigantesque

Les ventes de café équitable dans les circuits hors domicile en France ne représentent que 6% des ventes totales de café équitable. Pourtant, le café, comme le thé ou le chocolat, en général est très souvent consommé en dehors du domicile, ce qui laisse espérer de fortes opportunités de croissance. Surtout dans le milieu étudiant, dont la consommation n’est pas toujours modérée. Implanter le café, le thé ou le chocolat équitables dans vos lieux de consommation habituels, au café du coin ou à la cafétéria du campus est donc une opération simple et qui peut “ rapporter gros ” aux producteurs du Sud : il suffit de changer une petite habitude au Nord et cela peut avoir des répercussions sur de très nombreux paysans au Sud. Un certain nombre de campus à Strasbourg, Grenoble, Paris, Créteil, Versailles, Clermont-Ferrand, Lille-Valenciennes, Dijon, Besançon, Montpellier ont déjà adopté les cafés labellisés pour leurs machines ou leurs cafétérias. C’est beaucoup et c’est encore très peu si l’on considère qu’une consommation équitable répond à la fois à la mission sociale du CROUS et aux attentes des étudiants en matière de solidarité.

Les palais de la République montrent la voie

Dans les collectivités publiques, le café équitable est déjà bien implanté. L’Elysée, Matignon, le Sénat, l’Assemblée nationale ainsi que certains conseils régionaux, conseils généraux, et mairies l’ont adopté ! Pour les politiques, c’est une manière de mettre en pratique leur soutien officiel au commerce équitable. Geste exclusivement médiatique ou pas, peu importe en l’espèce, seul le résultat compte ! Les 149 collectivités qui ont adhéré à la campagne lancée en 2002 par Max Havelaar “ 500 villes s’engagent pour le commerce équitable ” constituent les fers de lance de la sensibilisation du grand public. La moitié d’entre elles se sont engagées à s’approvisionner prioritairement en produits issus du commerce équitable et à informer les consommateurs. Rappelons que le Nouveau Code des Marchés Publics “ offre la possibilité aux collectivités locales d’envisager des considérations sociales et environnementales dans le cadre de l’exécution d’un marché ”. Le contexte législatif est donc favorable à ce qu’elles montrent l’exemple. Dans les entreprises, c’est un peu la même logique qui est à l’œuvre. Pour celles qui ont une stratégie de développement durable, consommer équitable est un moyen supplémentaire de communiquer sur cet engagement social et solidaire. Les syndicats représentés au comité d’entreprise n’hésitent d’ail-leurs pas à prendre la direction au mot sur ce terrain : “ vous vous dites une entreprise citoyenne, prouvez-le ! ”.


Dans l’enseignement supérieur, changer les habitudes auprès des fournisseurs est plus ou moins simple selon les cas. Il est généralement plus aisé d’aborder la question avec les CROUS, où siègent les organisations étudiantes représentatives.


Identifier les responsables

La première étape consistera à identifier le gestionnaire du distributeur automatique de la machine d’une part (une plaque avec ses coordonnées est apposée dans un coin de la machine) et les responsables de la restauration collective d’autre part. Dans les facs (et parfois dans les écoles), c’est le conseil d’administration des CROUS qui attribue ces marchés publics. Il s’agira de vous rapprocher des représentants étudiants qui y siègent et de vous laisser guider. Dans les écoles supérieures en revanche, le choix des fournisseurs est en général de la responsabilité d’une entité collective (comité directeur, conseil d’administration, ...). Au sein de ce groupe, certains membres sont nécessairement plus sensibles à cette démarche, et pourront soutenir cette cause au sein de l’institution : parlez-leur de votre projet, et demandez-leur comment elles peuvent vous aider à le mener à bien.

Commencer doucement

Dans certains cas, une relation ancienne et fidèle lie le gestionnaire de la cafétéria à ses prestataires de services. On s’aperçoit en effet que les relations avec ces derniers vont parfois bien plus loin que la simple vente de boissons : un ensemble de “ services ”, tels l’entretien de la machine, ou du prêt de vaisselle, accompagnent la prestation et sont à l’origine de la fidélité du client. La concurrence ne s’effectue donc pas seulement sur les prix. Pour tenter de rompre cette routine, une première lettre réclamera simplement une consommation équitable au nom du fait que cela se banalise en France, peut avoir un impact sur la vie des producteurs du Sud, et que nombre de grandes enseignes et institutions ont déjà choisi ce mode de consommation... Vous insisterez aussi utilement sur l’envie de solidarité des étudiants, démontrée par exemple lors des campagnes de recueils de dons pour l’Asie après le tsunami, sur les CROUS déjà engagés dans cette démarche et vous incluerez l’étude de marché que vous aurez préalablement réalisée auprès des torréfacteurs concessionnaires du label Max Havelaar. Une simple lettre ne suffit généralement pas : on vous rétorquera souvent qu’un contrat ne peut pas être rompu si facilement et qu’une hausse du prix du café serait hasardeuse. C’est à vous à présent d’étoffer votre dossier. Votre enquête doit vous permettre de déterminer quel est le fournisseur actuel, quelles sont ses conditions, quels sont les fournisseurs de café équitable prêts à reprendre le marché, à quelles conditions... Chaque situation est un cas particulier. L’équipe d’EquiTerre Evry témoigne par exemple : “ à l’Institut national des télécoms (INT), passer au café équitable faisait augmenter le prix de la tasse de 2 centimes d’euros. Dans le même temps, afficher 50 centimes plutôt que 48 présente l’avantage de faire passer le café à un prix rond... et qui se serait plaint d’une augmentation de 2 centimes ? Nous avons même pu trouver une solution à la réticence du gestionnaire de la cafétéria à changer de fournisseur : c’est l’ancien fournisseur qui a accepté de changer ses approvisionnements pour un café labellisé Max Havelaar ! ”


De très nombreux fournisseurs habituels de nombreuses cafétérias disposent en effet d’une gamme de café équitable en plus des gammes standard. Ce qui simplifie les démarches !


Si ça coince...

En cas de refus obstiné, il faut alors passer aux méthodes moins douces : lancement d’une pétition, organisation de dégustations (...), la mobilisation d’un nombre important d’étudiants en faveur de ce projet permet parfois de renverser la balance. Vous aurez peut-être à faire preuve d’imagination : une dégustation gratuite de café, chocolat, thé équitables, un sondage auprès des étudiants pourront par exemple être organisés. Vous risquez souvent d’obtenir un choix de boissons équitables en plus mais pas à la place des boissons chaudes non équitables. “ Cela prouve que le commerce équitable n’est pas encore bien ancré dans les mentalités ”, juge le président de Coméqui, mécontent que le choix entre équitable et “ normal ” soit laissé, alors qu’avant, il n’y avait que du café “ non équitable ”.

Après coup : communiquer

Une fois l’opération séduction réussie, il faut continuer à communiquer sur le commerce équitable. Cela peut s’organiser en trois temps. La première étape est de prévoir une sensibilisation des personnels de service, via une formation ou simplement la distribution de documentation. Le jour du lancement, un événement est toujours le bienvenu : dégustation comparative, exposition, jeu de rôle, ou tout autre manifestation susceptible d’impliquer les étudiants. En plus, un affichage dans les lieux réservés, un message sur l’intranet et un bandeau sur la page d’accueil du site de la fac seront utiles. Par la suite, un suivi de la réaction des étudiants et une information en continu ne devront pas être négligés. Max Havelaar vend certains outils de communication sur son site internet à la rubrique “ Ressources ” puis “ Le plein d’infos ”.

Pas seulement le café

Malgré leur nom, les cafétérias ne servent pas que du café. On y trouve aussi du thé, du chocolat, du jus d’orange... autant de produits disponibles dans la filière équitable. Ainsi, si le lobbying sur le café a fonctionné, il n’y a pas de raison de ne pas continuer sur cette lancée en passant au sucre équitable, au thé, au jus d’orange... En suivant chaque fois la même démarche, et sans oublier de sensibiliser les consommateurs par des dégustations et campagnes d’information.

 

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