Conseils et formation

Rencontre avec Mohamed DHAOUI, Président d'Action tunisienne

Lors d'une rencontre "Nouvelles donnes au sahel et au Maghreb: quelles perspectives pour les projets étudiants" organisée le 10 Juin 2011, Mohamed Dhaoui, Président de l'association Action Tunisienne est venu nous apporter son témoignage sur la situation politique en Tunisie.

ð  Quel est le climat actuel en Tunisie ?

La mobilisation et la veille citoyenne des Tunisiens se poursuivent afin que, d’une part, des anciens du régime ne soient pas reconduits dans leurs fonctions et que, d’autre part, les revendications formulées par le peuple trouvent une traduction politique concrète. C’est une lutte de tous les jours. A Tunis notamment, il y a énormément de discussions dans la rue, la conscience politique du peuple tunisien s’est fortement affirmée et développée. On assiste à un véritable foisonnement culturel et intellectuel.

D’autre part, un sentiment de solidarité entre le peuple, tunisien et d’autres peuples en révolte actuellement s’est établi. Même si, avant la révolution,une forme de compétition avait pu se faire sentir, notamment avec l’Egypte, l’idée d’une solidarité entre les peuples plus qu’entre les Etats gagne du terrain. 500 000 réfugiés libyens sont accueillis en ce moment par des Tunisiens : pas par l’Etat ou par l’ONU, mais par le peuple tunisien. Cette solidarité envers le peuple libyen a rendu inutile une partie de l’aide alimentaire apportée par l’ONU. Cette capacité à aider un peuple voisin en détresse constitue une grande fierté pour les Tunisiens. Le même phénomène est observé en Egypte où 170 000 à 200 000 réfugiés libyens sont accueillis principalement par des citoyens égyptiens, souvent pauvres.

             ð  Comment l’association Action Tunisienne  est-elle née?

En avril 2010, les services de l’Etat tunisiens imposent en une nuit une censure sur plus de 200 sites Internet, dont les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Cette énième atteinte à la liberté d’expression du peuple tunisien gêne et indigne de nombreuses personnes, notamment parmi les jeunes d’origine tunisienne installés à Paris, étudiants des beaux-arts ou de sciences politiques. Jusque là peu engagés pour un changement politique en Tunisie, ces jeunes lancent une campagne sur les réseaux sociaux intitulée ‘Lâche-moi les baskets, ‘Amar !’, conjointement avec Tunis. En 5 jours, quelques 5 000 personnes réagissent sur la page Facebook de la campagne. D’autres actions sont relayées comme cette tentative avortée de dépôt d’une autorisation de manifester à la préfecture de Tunis, filmée en caméra cachée et diffusée sur Internet.

La manifestation a quand même lieu, le 22 avril 2010 à Tunis, et réunit 500 personnes malgré l’arrestation des organisateurs.

A partir de décembre 2010, le mouvement social tunisien prend de plus en plus d’ampleur jusqu’aux ‘journées sanglantes’ des 9 et 10 janvier 2011 et au départ de Ben Ali le 14 janvier. C’est à ce moment là que 17 personnes appartenant au réseau des jeunes d’origine tunisienne mobilisés depuis la France créent Action Tunisienne. La première action d’envergure de l’association est l’organisation d’un concert de soutien au peuple tunisien intitulé « Loin Des Yeux, Prés Du Cœur ». Ce concert a rassemblé 900 personnes le 31 janvier à l’Elysée-Montmartre et a permis de récolter près de 8 500 euros.

              ð  Quels sont les projets de l’association, actuels et à venir ?

Action Tunisienne affine ses objets et objectifs au jour le jour. Après le succès du concert de l’Elysée-Montmartre, elle s’oriente plutôt vers la mise en place d’activités favorisant l’éveil citoyen, civique et culturel dans un pays où la vie politique et culturelle était, jusqu’à maintenant, très limitée.

L’association souhaite créer des plateformes sur des thèmes tels que : Qu’est qu’une Constitution ? Qu’est qu’un Parlement ? Quels sont les enjeux politiques actuels en Tunisie ? La révolution tunisienne a permis l’émergence de centaines d’associations.

Action Tunisienne cherche également à avoir une action de fédération et de réunion de certaines de ces structures. L’idée générale est de rassembler le camp progressiste face à un camp conservateur qui n’a pas intérêt dans la réussite de cette révolution, et qui reçoit d’importants soutiens extérieurs. Environ trente associations se sont ainsi retrouvées à Tunis afin de se réunir au sein d’un collectif et autour du site Révolution Tunisienne. Cette plateforme web pourrait devenir un relai d’initiatives, un carrefour des partenariats.

Action Tunisienne projette également de faire une exposition de photographies de la révolution. Elle constituerait une introduction à un futur colloque sur la transition démocratique et le fichage des citoyens tunisiens. Les Tunisiens ont aujourd’hui une carte d’identité à code barre et il existe de nombreux fichiers politiques qu’il s’agit aujourd’hui de traiter. Sur ce sujet, Action Tunisienne cherche à créer des liens avec des pays comme l’Argentine et le Chili, qui ont vécu des situations similaires après la chute des dictatures.

Enfin, Action Tunisienne souhaite organiser de nouveaux concerts, autour des révolutions arabes de la cause des femmes arabes ou de la jonction des luttes, qu’elles soient égyptiennes, iraniennes, syriennes…

ð  Quels projets de coopération entre jeunes Tunisiens et jeunes Français sont aujourd’hui souhaitables et possibles ?

La Tunisie présente un contraste énorme entre les villes côtières, plus aisées et bénéficiant d’infrastructures importantes, et l’intérieur du pays, délaissé et d’où sont d’ailleurs parti les troubles sociaux.

C’est plutôt sur cette région que des projets de coopération devraient être mis en place, là où les gens sont plutôt isolés, peu en contact avec d’autres cultures et parlent peu le français, dont la connaissance reste un atout en Tunisie. Dans ces zones plutôt rurales, faire des ponts, aller à la découverte de la culture locale et faire découvrir des aspects de la culture française est un type de projets que des associations étudiantes françaises peuvent développer.

Il existe également d’énormes besoins en formation, notamment dans le domaine du développement, de l’emploi, de la culture.

Enfin, le tourisme alternatif et solidaire, auparavant interdit par les autorités, va pouvoir commencer à se développer dans le pays. C’est un domaine dans lesquels des projets de coopération peuvent également être montés.

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