21 May 2011

"Imperceptiblement nous avons tous changé"

"Imperceptiblement nous avons tous changé", j'écrivais à mon retour l'été dernier.

Mon journal de bord est rempli de mots et de souvenirs, de couleurs et de fous rires. Je le relis pour la première fois, anticipant déjà la douceur amère de ce qui fut parfois dur, parfois beau, parfois fou et aujourd'hui évanoui. Mais voilà nous repartons ! Une foule de sentiments confus et variés se pressent et m'oppressent.
De la joie. La couleur ocre des rues me manque tout d'un coup, j'avais oublié combien le béton avait pu paraître agressif quand je suis rentrée. Le vert flamboyant des plantes, arbustes, de la jungle qui surplombe le marigot. Le bleu immaculé du ciel après une pluie torrentielle ou le million d'étoiles, si vives et prometteuses. Tant de couleurs qui font du Burkina, de Tin, de mon petit mois passé là bas un écrin de minuscules merveilles. Le Burkina est resté pour moi quelque chose de grand et de petit à la fois, quelque chose d'indescriptible mais qui te rend plus fort ; c'est un ensemble de petites choses qui te contrarient tout en te faisant sourir. Le Burkina Faso, Tin, mon été il y a un an.. un oxymore.
Là bas, je ne me souviens pas avoir été choquée hors de mes gonds, je me souviens avoir été bousculée de questions, interrogations qui te traversent constamment et tu souffles notamment quand gratter, gratter, gratter les boutons de moustiques obstrus toutes autres pensées. Mais ces points d'interrogations, bien que fatigants, sont souvent bénéfiques. J'ai beaucoup appris à force de m'écouter débattre intérieurement. Ces questions m'habitent encore aujourd'hui mais c'est ce qui nous fait avancer non? Il faut peut être juste se rappeler de temps en temps que le monde ne tient pas sur nos épaules. Nous sommes tout petit petit, alors il faut viser tout petit petit ; savoir rester humble, envers soi même tout particulièrement, need to cut ourselves some slack sometimes.

Je n'ai pas été fondamentalement choquée, transformée là bas mais j'ai réalisé que ça s'installe, doucement, que tu changes un tout petit peu, petit à petit. Que ce soit en t'adaptant à leur rythme : tout doux, pas de stress, à la cool quoi! Là bas, t'as toujours l'air d'un occidental - je veux dire à part le coté d'être blanc comme un cul- tu fais attention au temps, et tu te lèves avec grande fierté, parcque pour toi c'est les aurores, à 8h alors qu'ils sont tous debout depuis quelques heures déjà ; mais en rentrant en France, l'on te regarde bizarrement quand tu prend ton temps, quand tu n'es pas inquiet alors qu'un ami a du retard, quand tu ne prévois pas ce que tu fais des lustres à l'avance. Tu d'adaptes également aux piqûres de moustique. Enfin, là bas c'est l'enfer -pas de panique, tu en garde de bons souvenirs comme lorsque tu as la chance d'assister au spectacle de So qui se bât contre, à l'entendre une armée de bêtes, vicieuses prêtent à la dévorer, ce qui en soit est un moustique alone- mais quand tu rentres, une piqûre par si et une piqûre par là t'en rigoles alors que le reste de ta famille se tartine d'Apaisyl -dont t'assures à toi tout seul à Tin le chiffre d'affaire de la boite pharmaceutique-.
Tu ne deviens pas burkinabè, tu ne deviens pas un Africain, tu restes un bon vieil occidental qui sue comme un fou en mangeant son riz à midi, qui hurle à la vue d'une ombre le soir et qui met chaussette/tong la nuit. Pour autant, tu reviens changé et je l'oublie souvent. Imperceptiblement, j'avais écris, et j'en suis convaincue. Tu reviens toi même mais un toi même enrichi. Chacun gagne et perd dans une telle expérience. J'ai beaucoup appris au Burkina et sur moi même pour commencer. D'une certaine façon, mes voyages, passés et futurs, sont pour moi un trait d'union entre enfance et maturité, hier et demain.

Et c'est important il me semble de s'en souvenir parfois ; il est important de se souvenir que partir c'est grandir.

 

Vicky.

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