Conseils et formation

...pour réduire les inégalités

Un succès réel au Nord ...

A ce jour, le commerce équitable représenterait 0,1% du commerce européen et 0,01% du commerce mondial.

L'arrivée en France en 2000 de produits labellisés Max Havelaar dans la grande distribution a dopé les ventes de produits issus du commerce équitable.
En cinq ans, la notoriété du commerce équitable a connu un essor important : moins de 10% des Français en avaient entendu parler en 2000, ils sont 74% en 2005. Cette notoriété est la plus élevée chez les plus diplômés, c'est-à-dire bac+3 et plus (95% connaissent le commerce équitable), chez les personnes de profession supérieure (92%) et auprès des 25-34 ans (82%).

Certains importateurs, comme Tristan Lecomte, dont la jeune société Alter Eco s'est spécialisée dans l'alimentaire labellisé, ont fait l'analyse suivante : pour avoir un maximum d'impact au Sud, il faut vendre des masses plus importantes au Nord, ce qui permet dans le même temps de limiter le surcoût pour le consommateur. Alter Eco juge réaliste que d'ici moins de dix ans certains produits équitables représentent 5 à 10% des parts de leur marché respectif, chiffre presque atteint dans des pays en avance sur la France comme la Suisse, les Pays-Bas ou le Luxembourg.

Les perspectives de progression sont en effet gigantesques, si l'on considère les parts de marché atteintes chez nos voisins européens. Par exemple en Suisse en 2004, 47% des bananes, 28% des fleurs et 9% du sucre vendus sont des produits du commerce équitable. Au Royaume Uni, 5% du thé, 5,5% des bananes et 20% du café moulu vendus sont équitables.

En Suisse en 2005, les dépenses par an et par habitant en achat de produits équitables s'élèvent à 18 euros, contre 1,20 euros par an et par Français. En considérant cette comparaison, il est possible d'envisager une croissance des ventes françaises de produits respectant les principes du commerce équitable.

... au bénéfice des producteurs du Sud

Selon FLO International, environ un million de producteurs dans le monde, soit plus de cinq millions de personnes au total, bénéficient du commerce équitable (Afrique, Asie, Amérique latine). Les consommateurs de 21 pays du Nord participent à l'aventure, qui bénéficie à 52 pays du Sud.

Les témoignages des producteurs sont le meilleur moyen de saisir l'impact qu'a déjà eu le commerce équitable et d'imaginer tout ce qui peut encore être réalisé dans la perspective d'un accroissement des ventes.

Pascal Hennequin et Sandra Blondel, lauréats en 2003 du Défi Jeunes pour leur projet “ Fokus, Visages du commerce équitable ”, sont partis tourner un documentaire intitulé “ 0,01 ” auprès des producteurs impliqués dans le commerce équitable. À Madagascar, au Pérou, en Inde et au Sri Lanka, ils ont filmé la vie quotidienne des coopératives et montré l'impact local du commerce équitable. A la suite de ce Défi Jeunes, ils ont fondé l'association Fokus 21.
Davantage d'information sur le Défi sont disponible sur www.enviedagir.fr.

“Solidaroad" est le carnet de voyage de “ JP ”, parti entre mai 2002 et mai 2003 à la rencontre d'une vingtaine d'organisations, ONG, associations, ateliers de production informels, et projets de développement communautaires en Amérique latine, Asie du Sud-est, Népal, Nord de l'Inde. Ce site diffuse reportages, photos, interviews des acteurs du commerce équitable au Sud, qui rendent compte de la diversité des situations. On entre dans la vie des travailleurs des plantations de thé à Darjeeling (Inde) ou des ateliers d'artisanat au Vietnam, on accompagne la réflexion de l'auteur sur les avancées déjà permises et les problèmes encore à résoudre.

“ Mano a Mano ” retrace un voyage autour du monde à la rencontre des acteurs du commerce équitable. L'idée des porteurs du projet était de “ mettre un visage sur des produits ” préalablement sélectionnés chez des acteurs du commerce équitable. Le “ trait d'union entre le consomm'acteur du Nord et l'artisan du bout du monde ” qu'ils ont souhaité dessiner fonctionne à plein et de manière amusante : on clique sur un détail du produit et on fait connaissance avec son fabricant, sa vie quotidienne et celle de sa communauté.

Objectif Développement Durable présente un voyage d'un an en Amérique effectué en 2004/2005 par des étudiants de l'Ecole Centrale de Paris. Ils sont partis à la rencontre de producteurs agricoles et d'artisans d'Amérique Latine, ainsi que d'entreprises et associations engagées dans le commerce équitable en Amérique du Nord. Ils ont également réalisé des audits pour quelques acteurs français de commerce équitable. Leur projet pour l'année 2005 a porté sur le tourisme responsable. La complémentarité micro crédit / commerce équitable a été traitée en 2006.

Ces quatre projets sont particulièrement intéressants car ils permettent de mieux comprendre les impacts du commerce équitable sur la vie des producteurs. On découvre souvent de manière poignante comment les événements politiques ou climatiques d'un pays peuvent ruiner une famille, on assiste au réveil de populations qui s'approprient leurs moyens de production en créant une coopérative. On apprend aussi que le commerce équitable n'a pas pour but de rendre ces producteurs riches mais de leur permettre simplement de répondre à des besoins élémentaires, parmi lesquels l'accès à l'éducation et à la santé, la capacité d'investir dans des moyens de production. Les femmes peu à peu apprennent à reprendre la parole, les enfants accèdent à des bourses d'études, des routes peuvent être construites, des pesticides éliminés...

La diversité du commerce équitable

Le commerce équitable concerne de plus en plus de secteurs : loin de se limiter à l'alimentaire ou à l'artisanat comme à ses débuts, son développement s'effectue aussi dans le textile ou le voyage.

Cette tendance croise en partie le regain d'engouement pour l'authenticité et l'ailleurs, via les produits du terroir et la consommation bio : le consomm'acteur contemporain aime connaître l'origine de ce qu'il mange ou porte, s'intéresse à l'histoire et aux conditions de vie de ceux qui ont façonné ces produits.

L'alimentaire

Actuellement, la partie alimentaire du commerce équitable est en pleine diversification : d'après l'étude consommateurs réalisée en 2004 par Alter Eco, 86% des personnes interrogées citent spontanément le café comme produit du commerce équitable, mais 35% citent aussi le chocolat en tablette, 34,6% le riz et 32,1% le thé. Le café labellisé Max Havelaar reste encore loin devant au niveau de la consommation. Cependant, depuis peu, l'offre de thé est plus variée avec 437 références contre 323 pour le café.

On trouve aussi des produits dérivés portant le label Max Havelaar, comme les bonbons préparés avec plus de 50% de sucre de canne équitable (la règle est qu'un produit qui contient plus de 50% de matière sèche labellisée peut à son tour obtenir le label), les confitures, les jus de fruits...

Alter Eco propose en grande distribution (Monoprix et Cora), en plus des produits labellisés, des produits issus de coopératives soumises à l'audit FTA 200 comme l'huile d'olive de Palestine, les cœurs de palmiers du Brésil, le quinoa, le riz Basmati, la canelle ou le poivre.

Les magasins Biocoop (membre sympathisant de la PFCE), réseau de spécialistes du bio, partisans d'un “ commerce plus équitable au Sud comme au Nord ”, se sont mis à vendre également des produits équitables (labellisés), dans l'idée de “ veiller à renforcer les liens entre producteurs et consommateurs au-delà des frontières ”.

Enfin, des produits non labellisés sont aussi vendus par des importateurs directs de la filière alternative comme la coopérative Andines qui propose en ligne ou en boutique spécialisée, confitures, fruits et légumes secs, huiles et vinaigres, infusions, gâteaux secs, compléments alimentaires... et même de la bière au quinoa ! Pour chaque produit, une fiche complète détaille comment les critères du commerce équitable sont respectés sur tous les plans (économique, social, environnemental). De son côté, Solidar'Monde a dans son catalogue une centaine de produits alimentaires, certains labellisés, d'autres non tels des mueslis, des petits gâteaux secs, des confitures, de la semoule, des pâtes, des sauces ou des condiments.

Le textile

Le textile est un secteur très sensible en terme d'image. Il est souvent associé aux délocalisations de sites de production vers des pays où la main d'œuvre est meilleure marché.

Au niveau de la matière première, le coton est l'une des cultures les plus polluantes de la planète. Il concentre 10% des pesticides et 28% des insecticides utilisés dans le monde. Le nombre de morts liés à la culture du coton est estimé entre 20.000 et 40.000 par an. La très grande majorité de ces décès surviennent dans les pays en développement. Il faut également y ajouter les pollutions des sols et des eaux, et les répercussions sur la santé des cultivateurs.

Le choix de Max Havelaar de créer une filière coton équitable ne doit donc rien au hasard : le coton fait vivre 10 millions de personnes en Afrique de l'Ouest. Son cours mondial s'est effondré, passant de 158 cents US la livre en 1971-1973 à 38,7 cents US la livre en 2002. Les producteurs des pays du Sud sont souvent contraints de vendre en dessous du coût de production.

De grandes marques du circuit classique (Armor Lux, Kindy, La Redoute, Celio, etc), attirées par la forte demande pour des produits chargés de sens, commercialisent des vêtements fabriqués avec du coton équitable labellisé Max Havelaar. Le prix final n'est pas excessif dans la mesure où la matière première ne compte que pour 15 à 20% du coût d'un vêtement et des économies sont réalisées à d'autres stades de la filière. Le label “ coton équitable ” ne concerne que la plante, pas sa transformation, autrement dit le logo apposé ne signifie pas “ vêtement équitable ” mais “ vêtement à partir de coton équitable ”.

L'arrivée du commerce équitable dans le textile ne date pas de la labellisation du coton. Mais jusque là, les vêtements vendus dans les boutiques de commerce équitable se démarquaient par leur style plutôt traditionnel, voire folklorique, dont la conception et la confection dans des coopératives du Sud se décelait quasiment au premier regard.

La nouvelle génération d'entrepreneurs du commerce équitable, au contraire, a travaillé à une rencontre de styles, pour s'adapter aux goûts du consommateur du Nord et toucher un public plus large. La Plate-forme compte à la fois des importateurs classiques de vêtements dessinés au Sud, comme Azimuts - Artisans du Népal, Artisanat SEL, Echoppe-Artisans du Soleil, Solidar'Monde, et des représentants de cette nouvelle génération tels qu'Ethos ou encore Ideo.

L'artisanat

L'artisanat est aussi présent depuis l'origine dans le commerce équitable. L'association américaine Ten Thousand Villages (membre de l'IFAT) suivie par d'autres magasins du monde avait ouvert la voie dès les années 50. La sélection d'articles reflétait souvent les périples des fondateurs, qui ramenaient dans leurs bagages statuettes, tambours et autres tapis, témoignant à la fois de l'identité culturelle et des difficultés économiques des producteurs du Sud.

Les exigences du commerce équitable (prime de développement, pré-paiement des commandes, relation commerciale durable, respectueuse de l'environnement et de la dignité humaine...) sont les mêmes pour cette activité. Reste encore à convaincre le consommateur occidental d'acheter ces produits. Pendant longtemps, les boutiques spécialisées écoulaient de petites quantités auprès d'un réseau de militants attachés en premier lieu à la valeur sociale du produit.

La boutique Alter Mundi revendique aussi une gamme “ originale et très design ” en rupture avec l'image traditionnelle des produits ethniques. Sa sélection donne néanmoins la priorité à des produits réalisés par des artisans ou petites entreprises du Sud “ se distinguant par des pratiques sociales et environnementales responsables ”. Très consciente que la majorité de ses clients achètent le plus souvent sur un coup de cœur, cette entreprise d'insertion ne se dit pas tout à fait équitable, mais plutôt “ éthique, ethnique et chic ” !

C'est une tendance qui se retrouve également auprès des membres de la Plate-forme, qui travaillent de plus en plus avec des designers comme Artisal, Artisanat-SEL, Sira Kura, Solidar'Monde ou la Boutic Ethic.


De nouveaux acteurs, plus attentifs à la plus-value esthétique des objets ont décidé de partir à l'assaut d'une clientèle large, pas nécessairement sensibilisée au commerce équitable. Dès lors, il faut séduire et s'adapter aux goûts du consommateur du Nord : “ L'artisan doit comprendre les attentes du marché et le designer les techniques de l'artisan. C'est un échange de savoir entre
l'artisan et le designer ”, explique ainsi Christian Dagher, le fondateur de l'association Ethnik, membre stagiaire de la plate-forme du commerce équitable.


Les cosmétiques

Verveine, argan, sucre ou beurre de karité fournissent depuis des lustres d'excellentes bases à des produits d'hygiène et de cosmétique. Certains ne s'y sont pas trompés et profitent de la redécouverte des bienfaits naturels des plantes et de la mode orientale pour tenter le mariage de la cosmétique et de l'éthique.
Ethis sort des produits d'hygiène corporelle sous la marque Thémis (savons, shampoings, gels douche...) labellisés Max Havelaar parce qu'ils sont fabriqués à partir de beurre de cacao ou de canne à sucre labellisés. La marque a aussi choisi de vendre des produits équitables non labellisés dont elle contrôle elle-même les producteurs. “ On voulait avoir le label pour la garantie que cela représente vis à vis du consommateur mais dans la pratique il n'y a pas de raison qu'il y ait un monopole ”, explique la dirigeante.

Pour sa part, Guayapi, spécialiste des plantes alimentaires et cosmétiques depuis 1990, a effectué des recherches pointues sur des plantes d'Amazonie et du Sri Lanka. Ces produits arborent des certifications “ AB ”, “ Bio et Eco ”, “ Satéré Mawé ” (“ commerce équitable ” en indien d'Amazonie), ou encore “ FGP ” (Forest Garden Products sur la bio-diversité et le commerce équitable) qui s'appliquent par exemple à des soins capillaires au jojoba, des produits solaires à l'urucum, des savonnettes au guarana...

Le site internet commerce équitable commercialise pour sa part des soins pour le corps fabriqués dans des conditions équitables, notamment des huiles de massage dans le cadre de la campagne pour le reboisement de l'Amazonie.

Cosmébio est une association professionnelle regroupant des acteurs de la cosmétique écologique et biologique (fournisseurs d'ingrédients, fabricants, laboratoires, distributeurs) qui appose un logo « Bio » et « Eco ».

De nouveaux opérateurs beaucoup moins transparents sont en train d'arriver sur ce marché qui sera forcément porteur.

Le tourisme

Devenu l'une des premières industries de la planète , le tourisme a, comme beaucoup de secteurs, engendré des excès liés à sa massification : des formules “ tout compris ” bon marché pour lesquelles les opérateurs compriment les salaires au maximum, des séjours de découverte des populations indigènes qui s'apparentent parfois à une visite au zoo, sans parler du tourisme sexuel et des autres formes d'exploitation humaine.

Les consommateurs, en quête d'une authenticité non polluée par le marketing et le commerce, ont décidé d'assumer leurs responsabilités et développé dans la même mouvance que la consommation de produits équitables, des formes de tourisme alternatif : écotourisme, ethnotourisme, tourisme solidaire, éthique, durable... et équitable.

Afin d'y voir plus clair, Alternatives Economiques a publié un guide pratique “ Le tourisme autrement ” (guide n°18, sur commande sur www.alternatives-economiques.fr), qui fait le point sur ces pratiques émergentes, les chartes et labels existants, les opérateurs du secteur.

Un code mondial d'éthique du tourisme (CMET) a été adopté en 1999 par l'Assemblée Générale de l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT, www.unwto.org) et approuvé en 2001 par l'Assemblée générale des Nations Unies. Ce code comprend 10 principes qui visent à préserver les ressources dont dépend le tourisme et à assurer la répartition équitable des avantages économiques. En 2005, une brochure a été élaborée afin que chaque personne devienne un « touriste et un voyageur responsables ». Celle-ci est disponible sur le site Internet de l'Organisation Mondiale du Tourisme.

L'UNAT (Union nationale des associations de tourisme) a également édité en mars 2005 une brochure "Tourisme solidaire, des voyages vers l'essentiel", qui présente une sélection d'opérateurs en fonction de critères établis avec le Ministère du Tourisme et celui des Affaires Etrangères.Cette brochure est disponible sur demande sur le site de l'organisation.

ATR (Agir pour un Tourisme Responsable, www.tourisme-responsable.org) regroupe des professionnels du tourisme qui s'engagent à “ garantir le développement d'un tourisme responsable ”, à “ alerter sur la nécessité de développer un tourisme responsable, plus équitable dans le monde ”, et à “ favoriser une plus grande transparence” vis-à-vis de leurs différents partenaires.

L'ATES (Association pour un Tourisme Equitable et Solidaire) a été créée en mai 2006 par 15 associations de voyage engagées dans le tourisme équitable et solidaire, l'UNAT, la fédération LVT (Loisirs Vacances Tourisme) et la Plate Forme pour le commerce Equitable (PFCE). L'objectif de l'association est de “ soutenir, évaluer et promouvoir les projets et les acteurs du tourisme équitable et solidaire ”.

Une charte du tourisme équitable a été rédigée par les membres de la PFCE en 2002.


La définition du tourisme équitable donnée par la charte de la PFCE est la suivante : “ un un ensemble d'activités de services, proposé par des opérateurs touristiques à des voyageurs responsables, et élaboré avec les populations locales. Les bénéfices sociaux, culturels et financiers de ces activités doivent être perçus en grande partie localement, et équitablement partagés entre les membres de la communauté. Ces communautés participent aussi à leur gestion continue de façon significative en limitant au maximum les intermédiaires non concernés par cette forme de tourisme”.


La transparence sur la répartition du coût du voyage, fait aussi partie de la démarche : généralement un pourcentage est prévu pour financer des projets de développement.

Le tourisme durable, lui, est défini par l'Organisation Mondiale du Tourisme comme une activité exploitant de façon optimale les ressources de l'environnement, respectant l'authenticité socio-culturelle des communautés d'accueil et assurant une activité économique viable sur le long terme.

Où trouver les produits du commerce équitable ?

Consommer en permettant aux producteurs défavorisés du Sud de percevoir un revenu digne, un geste simple, un effort minime que vous seriez prêt à accomplir ? Aucune excuse, les produits labellisés “ commerce équitable ” sont disponibles partout en grande distribution.

En plus, Max Havelaar a élaboré toute une stratégie de sensibilisation du consommateur sur le lieu de vente. Des bénévoles viennent dans les rayons des supermarchés, les habillent avec affiches et “ stop-rayons ”, et parfois même distribuent des dépliants aux clients. Fiches pratiques et matériel de communication sont à disposition de ceux qui souhaitent participer à de telles animations en magasin. Les étudiants des filières commerciales sont, paraît-il, très intéressés par ce type de projets.

Dans les grandes surfaces : les produits labellisés

Avec plus de 1.000 références alimentaires et 373 références coton en 2006, présents dans 10.000 points de vente, les produits labellisés Max Havelaar ne devraient pas être difficiles à trouver... Si miel, banane et vin équitables sont encore rares, en revanche, café, thé et chocolat sont vendus par les principales enseignes : Atac, Carrefour, Champion, Géant, Hyper/Super U, Intermarché, ainsi que Auchan, Casino, Cora, Leclerc, Match, et Monoprix qui proposent en plus des produits labellisés sous leur propre marque (marque de distributeur).

Mais attention, chaque magasin est responsable de ses achats et ne suit pas forcément la ligne décidée par l'enseigne nationale. Si les produits équitables manquent en rayon, vérifiez d'abord qu'il ne s'agit pas d'un problème d'approvisionnement. Si tel n'est pas le cas, vous pouvez écrire une lettre de “ demande de référencement ” au directeur du magasin.

Dans les circuits spécialisés

Bien avant que les produits issus du commerce équitable ne fassent leur apparition dans les rayons des supermarchés grâce à la garantie apportée par le label, ils étaient disponibles essentiellement dans les magasins spécialisés, dits “ alternatifs ”. Ainsi Solidar'Monde, la centrale d'achat créée par Artisans du Monde, propose 1300 produits artisanaux et une centaine de références alimentaires, importés directement du Sud. Les boutiques qui se fournissent auprès de cette centrale sont assurées de la provenance des produits et du caractère équitable de la relation avec le producteur.

Artisans du Monde s'est bâti en trente ans un réseau d'une centaine de magasins regroupés au sein d'une Fédération. Ils vendent à la fois des produits alimentaires (labellisés ou non) et artisanaux (objets décoratifs, textile et accessoires, vaisselle...).

Ces boutiques sont aussi des lieux de sensibilisation au commerce équitable où les bénévoles sont disponibles pour discuter et abordent souvent le produit par le biais de l'histoire de ceux qui le fabriquent... ce ne sont pas des lieux consacrés uniquement à la consommation. L'association Echoppe possède pour sa part deux boutiques en France, à Angers et Bordeaux, sous l'enseigne Artisans du soleil (commerce solidaire).


Dans les boutiques Alter Mundi,
sorte de “ drugstore alternatif ” se combinent l'éthique et l'équitable, l'ethnique et le contemporain. Située dans le quartier de la Bastille à Paris, elle a réussi à attirer un public dépassant largement les seuls militants.


Bébés en Vadrouille a investi pour sa part le segment particulier des vêtements et cadeaux pour les enfants (0-10 ans). Les produits sont vendus dans la boutique parisienne ou par correspondance.

La Boutic Ethic, créée en 1997, est une entreprise familiale qui vend en direct des produits plutôt haut-de-gamme choisis directement chez les artisans, et achète aussi à des importateurs européens du commerce équitable.

Les Nouveaux Robinsons sont presque devenus des grands magasins du bio et de l'équitable. A Montreuil (93), trois boutiques installées sur la place du marché proposent l'une l'alimentation (700 références bio), une autre la literie et la librairie, tandis que textiles, papeterie, jouets, quincaillerie écologique se trouvent dans un troisième magasin. Un restaurant bio vient compléter le tout. Les Nouveaux Robinsons sont aussi présents à Boulogne-Billancourt et Neuilly-sur-Seine (92).

A Brest, la boutique-café Ti Ar Bed propose des produits issus du commerce équitable et des produits bretons car ces hétérodoxes estiment que le commerce équitable peut aussi contribuer à de meilleures relations commerciales Nord-Nord.

Cette liste n'est pas exhaustive. La Plate-forme pour le commerce équitable tient à jour la liste des points de vente sur toute la France, à la rubrique “ Membres ” de son site.

D'autres boutiques du même genre, constituées en association ou en entreprise, ont ouvert leurs portes ces dernières années. Elles ne s'adressent pas uniquement à un réseau de militants et visent une clientèle plus large de consomm'acteurs. Mais il est difficile d'établir une liste exhaustive des boutiques spécialisées vendant des produits du commerce équitable. En effet, de nouvelles initiatives apparaissent régulièrement.

La vente par correspondance

Une boutique représentant un investissement très lourd, nombre d'acteurs du commerce équitable ont opté pour la vente par correspondance.

Seuls quelques-uns comme Artisanat-SEL ou Ideo ont à la fois un catalogue papier et une boutique en ligne, la plupart se contentent de la vitrine du web.

La coopérative Andines, propose quelque 1000 produits alimentaires et artisanaux provenant de 14 pays ; pour sa part, Azimuts - Artisans du Népal est spécialisée dans les vêtements en fibre naturelle fabriqués par quelques ateliers au Népal.

Une épicerie équitable entièrement en ligne a même été créée pour que chacun puisse se procurer les produits alimentaires labellisés commerce équitable.

Notons également les sites AlterAfrica.com, Comptoir Ethique, La Grande Girafe, Modetic et le très original MonsieurPoulet.com... Bien évidemment, cette liste n'est pas exhaustive.

Enfin, le milieu étudiant n'est pas en reste avec le site de vente en ligne EquiTerre qui propose des produits fournis par des centrales d'achat et d'autres provenant de ses propres filières d'importation.

Critiques et interrogations sur le commerce équitable

Comme le laisse penser la comparaison avec nos voisins européens, la consommation de produits issus du commerce équitable en France dispose d'une marge de progression encore importante. Mais sa croissance, notamment via la distribution en grandes surfaces, suscite un certain nombre d'interrogations. Ces éléments seront développés succinctement afin de poser les bases d'un débat.

– Le commerce équitable peut être accusé de justifier indirectement le néo-libéralisme et le désengagement de l'Etat : puisque la situation des populations du Sud peut s'améliorer grâce à des initiatives émanant de la société civile comme le commerce équitable, plus besoin de remettre en cause les règles du commerce international, diront ses détracteurs. L'activité économique ne doit être qu'une manière de prouver qu' “ un autre commerce est possible ”, comme le dit le délégué général de la fédération Artisans du Monde, sans oublier que l'objectif final reste le changement des règles du commerce international.

– Le commerce équitable peut amener les populations des pays en développement à privilégier des cultures de rente (exemples : café, cacao...) destinées à l'exportation, au détriment des cultures vivrières servant aux populations locales. Ainsi, le commerce équitable est susceptible de créer une nouvelle dépendance, d'où le reproche de néocolonialisme. Les producteurs, en se spécialisant sur certaines cultures, peuvent appauvrir les terres et menacer la biodiversité. S'ils se spécialisaient exclusivement dans la production de produits peu ou pas transformés donc à faible valeur ajoutée, les pays du Sud disposeraient de peu de devises pour importer.

– Les produits ne respectent pas les critères du commerce équitable à tous les maillons de la chaîne. Prenons un conteneur de produits achetés directement aux producteurs du Sud dans les conditions du commerce équitable : ne perd-il pas de ses vertus lorsqu'il est chargé sur un navire arborant pavillon de complaisance, piloté par un patron exploitant une main d'œuvre illégale et sous-payée ? Ensuite, tout le soin nécessaire est-il apporté aux emballages pour éviter les déchets inutiles et favoriser le recyclage ? Le fait de ne pas pouvoir maîtriser toutes les étapes du processus (la surveillance est encore plus compliquée pour les produits transformés) nuirait à la transparence affichée.

– Au Sud, la participation de certains producteurs et pas d'autres aux circuits du commerce équitable peut introduire des biais de concurrence et des tensions entre ceux qui sont rémunérés selon les prix du marché international et ceux qui bénéficient des prix équitables. De plus, la dépendance vis à vis des donneurs d'ordre du Nord peut amener les producteurs impliqués dans le commerce équitable à accepter des conditions de production qu'ils récusent. D'une manière générale, le commerce équitable peut être vu par ses détracteurs comme une forme de néo-colonialisme s'il ne laisse pas assez la parole aux organisations du Sud.

– Surtout, les produits labellisés présents en grande distribution ne risquent-ils pas de permettre à cette dernière de faire oublier des pratiques sociales au rabais ? Ce débat traverse les acteurs du commerce équitable eux-mêmes, y compris au sein du circuit alternatif dont une partie préfère se tenir à l'écart de la grande distribution, tandis que le circuit labellisé a fait le choix d'une accessibilité au plus grand nombre. “ Il faut veiller à ce que la grande distribution ne prenne pas prétexte du commerce équitable pour se blanchir aux yeux de la société de ce qu'on lui reproche dans ses relations avec ses fournisseurs, d'autant que le commerce équitable ne représente qu'une part infime de son chiffre d'affaires ”, estime le délégué général de la fédération Artisans du Monde. Les adeptes du commerce équitable en grande distribution lui répondent qu'en vendant en grande distribution, les volumes sont plus importants et les effets positifs au Sud multipliés d'autant.

Au-delà de ces éléments, se pose la question de la définition du commerce équitable : doit-il se cantonner à partenariat commercial exclusivement « Nord / Sud »? Quelle place pour un commerce équitable « Nord / Nord » ou « Sud / Sud » ? Les initiatives solidaires au sein d'une même zone sont très intéressantes à explorer, même si elles ne peuvent, aujourd'hui, être inscrites strictement dans la définition du commerce équitable classique. Limitons-nous à cette définition traditionnelle pour voir comment agir.


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